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CHOISIR LA BONNE COULEUR !

1 mars
4 min de lecture

LA COULEUR POUR REPOUSSER LES LIMITES


J’ai longtemps cru que la couleur était une affaire de goût. Qu'elle devait être choisi en fonction de celle qui nous attire le plus, et je me suis trompée.

Avec les années, et surtout grâce aux appartements des autres, j’ai compris que ce n’était pas du tout le cas.

La couleur n’est pas que décorative. Elle est spatiale.

On ne vit pas entouré d'une teinte, on vit dans une atmosphère. Et une atmosphère, c’est une perception physique. Certains lieux reposent immédiatement, d’autres crispent sans qu’on sache pourquoi. Souvent, ce n’est ni le plan, ni le mobilier. C’est la couleur qui travaille silencieusement. Qu'elle soit claire ou foncée ça ne change rien, elle agit sur nous de manière tangible.

La couleur crée des limites perceptibles. Et paradoxalement, quand un espace est clairement défini, il paraît plus vaste. Un mur plus sombre n’écrase pas la pièce ; il lui donne une perspective. Le regard s’y enfonce, la délimitation est moins nette et la pièce parait plus grande.

J’utilise souvent des teintes sourdes, patinées, jamais pures, à l'exception du blanc.

Les couleurs franches vivent bien en petites touches, mais rarement sur grandes surfaces. Dans la réalité il y a des ombres, des tissus, des reflets. Une couleur trop vive entre en conflit avec tout le reste. Elle devient vibration, et finit par engloutir tout ce qui l'entoure et vous avec.



LA COULEUR POUR SA VIBRATION


Je ne cherche pas une « belle couleur ». Je cherche une couleur qui accepte de cohabiter avec l'existant, vos meubles, vos textiles, et vous même, car vous faites intégralement parti du décor.

Certaines teintes ont un talent particulier pour cela : les verts grisés, les terres rosées, les bleus fumés, les jaunes curry. Plus discrètes que des teintes pures, elles n’attirent pas immédiatement l’attention, mais elles rendent tout plus juste : les visages, les matières, même le désordre quotidien. Une pièce réussie est souvent une pièce dans laquelle les objets paraissent avoir toujours été là.


Un appartement peut être magnifique, lumineux, orienté plein sud… et pourtant on a envie de partir. À l’inverse, un rez-de-chaussée sombre peut devenir enveloppant, comme un cocon, presque protecteur. La différence tient rarement à la configuration de l'espace, mais à la manière dont les couleurs dialoguent avec l'espace.

Une couleur n'existe jamais seule, elle vit entourée d'une multitude d'autres teintes qui l'influence fortement.

Par exemple, j'entends parfois : "Je n'aime pas le marron". Pourtant un brun peut être sublime s'il est rehaussé d'une touche de bleu, et même encore mieux de mauve. Ces harmonies créent des vibrations qui font oublier leur teinte exacte mais l'on ressent leur énergie et c'est cela qui nous intéresse.


La couleur ne doit jamais être pensée mur par mur. On ne décore pas des surfaces, on ne dissèque pas une pièce, on compose des passages, on crée une circulation visuelle. La teinte du salon influence la perception du couloir, qui lui-même modifie la chambre. Un intérieur fonctionne comme un paysage : ce n’est pas un tableau, c’est une succession de plans.



LE BLANC, UNE COULEUR À PART ENTIÈRE


J'aime beaucoup le blanc, mais pour moi, il est "la couleur" la plus difficile à maîtriser.

La plupart des gens pensent que le blanc est sans risque, une valeur sûre, dont on ne se lassera jamais et qui aura un effet agrandissant et éclatant dans la pièce.


Mais le blanc subit l'influence directe de la lumière et de manière plus accentuée que les autres couleurs.

Dans ces deux visuels, on peut voir clairement l'influence de la lumière sur un lieu peint en blanc.



1 - Lumière du Nord / 2 - Lumière plein Sud.

Très clairement, l'atmosphère y est modifiée, et la première salle à manger (orientée au Nord) ne donne pas envie de s'attarder à table tant l'atmosphère y est froide.

COMME LES BLANCS DE BONNARD


J'ai toujours considéré le blanc comme une couleur. Ces variations face à la lumière sont telles qu'il m'est impossible de ne pas l'associer aux couleurs. C'est certainement une déformation liée à mon apprentissage aux Beaux-Arts où j'avais été marquée par un cours sur Pierre Bonnard où l'on nous poussait à analyser le blanc de ces oeuvres. Lui qui peignait souvent des baignoires et des lavabos devait être le spécialiste du blanc. Hors, contre toutes attentes, ses tableaux sont l'opposé du blanc. La lumière, la faïence ou la porcelaine sont peints dans une multitudes de teintes subtiles qui associées les unes aux autres évoquent l'éclat et la pureté du blanc.

Donc si vous cherchez à illuminer un espace, le blanc pur n'est pas l'unique solution.




LE CHOIX DES AUTRES


Souvent vous repérez une couleur dans un magazine, sur un nuancier, ou chez des amis, et vous me dites "Ça y est ! Nous avons trouvé notre couleur !"

Malheureusement, la bonne couleur n’existe qu’à un endroit, à une heure donnée, avec cette lumière-là et pas une autre. Le brun de la photo ou celui vu un soir chez vos amis, à peine éclairé ne sera jamais le brun qui fonctionnera chez vous.

On doit tenir compte de l'orientation de votre pièce, la lumière, qu'elle soit du sud ou du nord va grandement influencer la perception de la teinte. On doit tenir compte des couleurs déjà présentes, comme le sol.


Avec le temps, j’ai compris qu’une couleur réussie ne se remarque presque pas. On ne la commente pas en entrant, on s’assoit simplement… et on reste plus longtemps que prévu.

C’est souvent là que je sais que c’est juste : qu'elle reste belle quelque soit la météo et l'heure de la journée.

Elle accompagne plus qu’elle ne s’impose.

Finalement, un intérieur harmonieux n’est pas celui qui semble parfait, mais celui dans lequel on se sent mieux sans vraiment comprendre pourquoi.


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